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En ces lieux ravissants où, de ses flots
nacrés,
La Delaware arrose et féconde les prés,
Il s'élève une ville harmonieuse et
fière.
Elle mire ses toits dans la grande rivière,
Et garde avec amour, en son bois enchanteur,
L'illustre nom de Penn, son pieux fondateur.
Là soufflé un doux vent; là, de
la beauté suprême
La pêche veloutée est vraiment un
emblème;
Là, glorieux échos, chaque rue a sa
voix
Qui répète les noms des arbres
d'autrefois,
Comme pour apaiser les dryades discrètes,
Dont le colon troubla les antiques retraites.
Après avoir bercé, sur d'orageuses
mers,
Ses amours sans espoirs et ses chagrins amers,
La vierge de Grand-Pré, la suave bannie,
Avait aimé bientôt cette rive
bénie
Qui lui rappelait tant le village perdu.
Le repos succédait à son labeur ardu,
Ici dormait heureux LeBlanc, le vieux notaire.
De ses cent petits-fils, quand il quitta la terre,
Un seul était venu s'asseoir à son
chevet.
Oui, c'était bien ici qu'enfin elle trouvait
Le plus de souvenirs de sa terre natale.
Elle aimait des Quakers l'existence frugale,
Et l'usage charmant qu'ils ont de tutoyer.
Elle voyait alors doucement chatoyer,
Dans le passé lointain, l'Acadie où
naguère
Les habitants heureux s'aimaient comme des
frères.
Maintenant que l'espoir est mort, et le coeur las,
Par un divin instinct ses pensées et ses pas
Se tournent vers la ville où l'âme se
recueille,
Comme vers le soleil se tourne l'humble feuille,
Quand un rayon du ciel, un souffle matinal,
Dissipent le brouillard où se noyait le val.
Le voyageur qui touche au sommet des montagnes
Voit surgir, à ses pieds, dans les vertes
campagnes,
De longs ruisseaux d'argent tout frangés de
rameaux,
Des champs et des moissons des bois et des hameaux.
Ainsi, quand le chagrin s'en dormit dans son
âme,
Elle vit que l'amour, de sa féconde flamme,
Divinisait encor le ciel et les humains.
Elle se sentit forte, et les âpres chemins
Qu'elle avait parcourus avec tant de constance,
Lui paraissaient très beaux maintenant
à distance.
Cependant Gabriel n'était pas oublié.
Par les premiers serments son coeur était
lié,
Son tendre coeur de vierge. En sa longue agonie,
Elle voyait toujours, charmante et rajeunie,
Comme au suprême soir du dernier rendez-vous,
L'image du beau gars choisi pour son époux.
Le silence, l'absence, et le temps qui s'envole
Mettaient au souvenir une vive auréole.
Pour elle Gabriel n'avait jamais vieilli.
Non, jamais sous les ans il n'avait défailli,
Mais il était resté dans la vigueur de
l'âge,
Au matin radieux, là-bas, dans le village.