


Et le ciel à la fin entendra ta prière.
Dans le champ du Seigneur sois fidèle
ouvrière.
Il est dans nos déserts, mon enfant, une fleur
Petite, sans orgueil, et sans vive couleur,
Vers le nord, en tout temps, son calice s'incline.
C'est une fleur que Dieu, dans sa bonté
divine,
Sème, de place en place, en ces prés
étendus,
Pour diriger les pas des voyageurs perdus.
La foi dans notre coeur ressemble à cette
plante.
La fleur des passions est toujours plus troublante;
Elle a plus de couleurs, plus de pompeux
éclats,
Mais soyons défiants, elle trompe nos pas,
Et son baume suave est, hélas! bien funeste.
Seule ici-bas la foi, cette plante céleste,
Est le guide éclairé de nos pas
raffermis,
Et puis ensuite elle orne, au ciel, nos fronts
soumis."
Ainsi venaient déjà les beaux jours de
l'automne.
Ils passèrent pourtant! Les fruits de leur
couronne
Tombèrent un par un sur le guéret
durci,. . .
Gabriel ne vint pas! L'hiver s'enfuit aussi,
Le printemps embaumé s'ouvrit comme une rose;
L'abeille butina la fleur à peine
éclose;
Sur les feuilles des bois, dans le calme des airs,
L'oiseau bleu fit pleuvoir ses cris joyeux et clairs.
. .
Gabriel ne vint pas! Cependant, sur son aile
La brise de l'été portait une nouvelle
Plus douce que l'espoir et l'amoureux frisson,
Que le parfum des lis et le chant du pinson.
L'agréable rumeur, vague mais persistante,
Disait que Gabriel avait planté sa tente,
Avec d'autres chasseurs, depuis bientôt un an,
Près de la Saginaw, au fond du Michigan.
Et l'exilée alors, que la terre
délaisse,
Compte encor sur le ciel. Et malgré sa
faiblesse
Et tout ce qu'a d'amer une déception,
Elle fait ses adieux à l'humble mission.
Des guides s'en allaient vers la Nouvelle-France,
Aux grands lacs. Espérant la fin de sa
souffrance,
Elle partit. Bien loin, dans l'immense désert,
Après avoir, hélas! plus d'une fois
souffert
D'une cruelle faim et d'une soif acerbe,
Après avoir couché sous l'étoile
et sur l'herbe,
Elle atteignit des bois qui s'adossent au Nord
Et de la Saginaw put explorer le bord.
Un soir, elle aperçut, au fond d'une ravine,
La tente du chasseur. . . Elle était en ruine!
Sur les ailes du temps s'envolaient les saisons.
La pauvre Évangéline aux lointains
horizons
Ne voyait pas encor le bonheur apparaître.
Un profond désespoir consumait tout son
être.
Sous des cieux, tour à tour ou torrides ou
froids,
Elle traîna sa peine ainsi, dans cent endroits.
Tantôt on la voyait, aux missions moraves,
Priant Dieu de briser ses terrestres entraves,
Sur un champ de bataille, aux malheureux
blessés
Tantôt elle portait des secours
empressés.
Elle entrait aujourd'hui dans une grande ville
Et demain se cachait dans un hameau tranquille;
Comme un pâle fantôme on la voyait venir,
Et souvent de sa fuite on n'avait souvenir.
Quand elle commença sa course longue et vaine,
Elle était jeune et belle, et son âme
était pleine
De suaves espoirs, de tendres passions;
Sa course s'achevait dans les déceptions!
Elle avait bien vieilli: sa joue était
fanée;
Sa beauté s'en allait. Chaque nouvelle
année
Dérobait quelque charme à son regard
serein,
Et creusait sur son front les rides du chagrin.
On découvrait déjà, sur sa
tête flétrie,
Quelques cheveux d'argent, aube d'une autre vie,
Aurore dont l'éclat mystérieux et doux,
Nous dit qu'un nouveau jour va se lever pour nous,
Comme au premier rayon dont le ciel s'illumine,
Sous le voile des nuits, le matin se devine.