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Au bord de la rivière, en un charmant endroit,
Un endroit où régnait la paix, luisait
le toit
Dont les proscrits, de loin, avaient vu la
fumée.
Un chêne l'ombrageait. La mousse
parfumée
Et le gui merveilleux qu'en la nuit de Noël
Venait couper, selon le rite solennel ,
Avec la serpe d'or, le mystique druide,
Grimpaient légèrement au chêne,
leur égide.
C'était le toit d'un pâtre. Il
était large et bas.
Un jardin l'entourait où les fleurs, sous les
pas
Des visiteurs ravis, versaient d'étranges
baumes.
Derrière ce jardin se déroulaient les
chaumes.
On avait abattu, dans un bosquet, tout près,
Pour bâtir la maison, les plus altiers
cyprès.
Des poteaux élégants portaient la
galerie ;
Et la vigne légère, et la rose fleurie,
Que venait caresser l'oiseau-mouche coquet,
Ornaient tous ces poteaux d'un odorant bouquet.
Au bout, presque cachés sous la ramure
épaisse,
Sans cesse bourdonnant et roucoulant sans cesse,
Étaient l'ardente ruche et le doux colombier:
L'abeille travailleuse et l'amoureux ramier.
Ces lieux étaient plongés dans un calme
sublime,
Les rayons du soleil doraient encor la cime
Des bois mystérieux qui frangeaient l'horizon,
Mais les ombres déjà planaient sur la
maison.
La fumée, en sortant des hautes
cheminées,
Formait des orbes bleus, des vagues satinées,
Qui rayaient le ciel pur, comme un rustique andain
Raie un champ que l'on fauche. Et, parti du jardin,
Derrière la maison, par un bosquet de
chêne,
Un sentier conduisait, large ruban
d'ébène,
Jusque à la prairie où de chaudes
lueurs
Le soleil inondait les gazons et les fleurs.
Et c'était comme un lac dont les ondes
bénignes
Auraient dormi. Les ifs où s'accrochaient les
vignes,
Sombres dans l'or du soir, paraissaient des vaisseaux
Que le calme profond enchaînait sur les eaux.
Sur un cheval ardent qui hennit et folâtre,
Des bords de la forêt, voici venir un
pâtre.
Il revêt un pourpoint fait de peau de
chevreuil.
Sa figure bronzée a presque de l'orgueil
Quand ,sous le sombrero, son regard se
promène,
Satisfait et ravi, sur l'admirable scène
Qu'autour de lui le soir déroule lentement.
Les troupeaux, çà et là,
broutent paisiblement
La pointe du gazon et la feuille moelleuse.
Ils savourent surtout la fraîcheur vaporeuse
Qui s'élève de l'onde et s'étend
sur le pré.
Arrêtant son cheval sur le champ diapré,
Il prend le cor vibrant que sa ceinture porte,
Et souffle une clameur, à la fois douce et
forte,
Qui va se perdre au loin dans les brumes du soir.
Au signal familier, aussitôt, l'on put voir
Les troupeaux attentifs lever leurs cornes blanches,
Au-dessus du foin vert et des légères
branches,
Comme des flots d'écume au-dessus des
cailloux.
En silence, d'abord, ouvrant leurs grands yeux roux,
Pendant une minute ils regardent, hésitent,
Et puis, tous en beuglant soudain se
précipitent