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Déroulant sur les eaux un long rayon d'opale,
Le soleil quatre fois monta dans l'azur pâle,
Quatre fois, en dorant l'humble croix du clocher,
Vers l'abîme, derrière un noirâtre rocher
Qui maculait le ciel dans un lointain de flammes,
Il descendit. Soudain, pour réveiller les femmes,
Aux premiers lueurs du cinquième jour,
Le coq gaîment chanta dans mainte basse-cour.
Il chantait le départ. Livides et muettes,
Conduisant vers la mer de pesantes charrettes,
Des hameaux qu'ombrageaient les vergers opulents,
Ces femmes, dans l'effroi, sortirent à pas lents.
Elles mouillaient de pleurs la poussière des routes,
Et puis, de temps en temps, elles s'arrêtaient toutes
Pour regarder encore, une dernière fois,
Le clocher de l'église au milieu de leurs toits;
Pour regarder encor leurs champs mis au pillage,
Avant que la forêt qui couronnait la plage
Ne les vint pour jamais ravir à leurs regards.
Et les petits enfants, ennuyés des retards,
Aiguillonnant les boeufs de leurs voix menaçantes,
Auprès d'elles marchaient. Et leurs mains innocentes
Serraient contre leur coeur, quelques hochets bien chers
Qu'ils voulaient avec eux emporter sur les mers.
Ils se rendent enfin à l'endroit de la rive
Où la Gaspareaux mêle, en bruissant, son eau vive
Aux flots de l'océan. Et là, de toute part,
Ils errent, éperdus, attendant le départ.
On les surveille. On parle un insultant langage.
On entasse au hasard leur modeste bagage.
Et, tout le long du jour, d'un infernal accord,
Les solides canots les transportent à bord;
Et, tout le long du jour, de nouveaux attelages
Chargés péniblement, arrivent des villages.
Lentement du ciel bleu le soleil descendit.
Il allait disparaître. Alors on entendit
Le roulement pressé des tambours à l'église.
Une terreur profonde, une horrible surprise
Des femmes de Grand-Pré font tressaillir les coeurs,
Et sans peur des soldats, soupçonnant des horreurs,
Elles vont vers le temple. Or, voici que la porte,
En grinçant sur ses gonds, se rouvre, et, l'âme forte,
Sous l'oeil du sbire armé qui se tient auprès d'eux,
Sortent, tristes et lents, les prisonniers nombreux.
Quelquefois, pour trouver la fatigue légère,
De pauvres pèlerins, sur la terre étrangère,
Chantent, en cheminant, les refrains du pays;
Ainsi, dans les sentiers qui longeaient les taillis,
Les prisonniers chantaient en allant vers la grève,
Et c'était à leurs maux une légère trêve.
Leurs épouses, leurs soeurs et leurs filles pleuraient!

 

 


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