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La nuit s'enfuit. Le jour se leva calme et pur.
Grand-Pré s'enveloppait de soleil et d'azur;
Une rose buée entourait les collines;
Les ruisseaux babillaient et le Bassin de Mines,
Légèrement ridé par l'haleine du
vent,
Agitait dans ses plis les lueurs du levant.
A l'ancre, près des bords, les barques aux
flancs sombres
Berçaient avec fierté leurs
gigantesques ombres.
De ses nombreuses mains le travail fécondant
Frappait aux portes d'or de l'aube. Cependant
Ouvriers et fermiers, en habits des dimanches,
Le rire épanoui sur leurs figures franches,
Arrivèrent bientôt des villages voisins.
Ici, quelques vieillards sur le bord des chemins
S'aidant de leurs bâtons venaient par petits
groupes;
Là, les gars éveillés, en
turbulentes troupes,
Passaient à travers champs, suivant, le long
des clos
Le sillon, qu'avaient fait les pesants chariots,
Aux jours de la moisson, en roulant dans
l'éteule.
A son foyer désert la femme restait seule.
Toute le matinée, inquiets ou bavards,
Des groupes empressés venant de toutes parts,
Arrivaient à la fois par la route commune.
Et les maisons semblaient des auberges. Chacune
Pouvait voir, en effet, des hommes bons et francs
Assis devant sa porte, au soleil, sur des bancs.
Car aux bourgs on chômait comme au jour d'une
fête.
Benoît n'attendait rien que de juste et
d'honnête,
Et chez lui plus qu'ailleurs s'exhalait la
gaieté,
On voyait en entrant s'enfuir
l'anxiété.
Avec un air modeste et des grâces naïves,
La jeune Évangéline accueillait les
convives.
Elle avait, à cette heure, à leurs yeux
plus d'attrait
Que le cidre mousseux que sa main leur offrait.
On fit dans le verger les chastes fiançailles.
Le soleil était chaud comme au temps des
semailles;
De l'odeur des fruits mûrs l'air était
parfumé.
Le hameau s'envirait du calme accoutumé.
Avec le vieux LeBlanc, dans l'ombre du portique,
Le prêtre vint s'asseoir sur un siège
rustique;
Et de leurs chers enfants s'entretenant tous deux,
Basile et le fermier se placèrent près
d'eux.