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Comme un souple aviron aux mains des matelots,
Fléchit, ne se rompt pas, en soulevant les flots,
Le notaire marchait épaules inclinées,
Mais ne s'affaissait pas sous le poids des années.
Dorés comme un duvet de maïs, et soyeux
En boucles sur son cou retombent ses cheveux.
À travers leur cristal, ses besicles de corne
Laissaient voir la sagesse au fond de son oeil morne.
Il aimait d'ordinaire à faire des récits.
Père de vingt enfants, plus de cent petits-fils,
Dès qu'ils l'apercevaient, couraient à sa rencontre
Pour coller leur oreille au tic-tac de sa montre.
Pendant la guerre, ami des Anglais, sans procès,
Quatre ans il fut captif dans un vieux fort français.
À l'abri du soupçon, sa vertu pour défense,
Il avait maintenant la candeur de l'enfance.
Tous l'estimaient, petits et grands. Il racontait
Pourquoi le loup-garou vers les bois remontait,
Et pourquoi les lutins chevauchaient dans la friche.
Et puis, il rappelait le sort du blanc Létiche,
Enfant mort sans baptême, esprit doux, soucieux,
Qui voltige toujours, cherchant toujours les cieux,
Et de l'enfant qui dort s'en vient baiser les lèvres.
Et puis qu'une araignée est un remède aux fièvres,
Quand on la porte au cou dans l'écale des noix.
Que la nuit de Noël, au bon temps d'autrefois,
La génisse et le boeuf causaient dans les étables.
Il leur disait aussi les vertus véritables:
Que le peuple, partout simple autant que loyal,
Prétendait découvrir dans le fer à cheval,
Et dans le trèfle blanc à la quadruple feuille,
Et biens d'autres récits que le peuple recueille.
Cependant, aussitôt que LeBlanc arriva,
De son siège, au foyer, Basile se leva.
Il lui tendit la main. Puis, la voix animée,
Et faisant de sa pipe onduler la fumée:
"Allons! père LeBlanc," commença-t-il alors,
"Vous avez entendu, ce qu'on dit au-dehors.
Sait-on bien ce qu'ici les vaisseaux viennent faire?
Avez-vous du nouveau?" "Je ne sais quelle affaire,"
Lui répondit LeBlanc d'un ton de bonne humeur,
"Amène ces vaisseaux. Je connais la rumeur,
Et j'ai glané, ma foi, mainte chose au passage,
Mais ne répétons rien, c'est peut-être plus sage.
Je ne puis, toutefois, croire que ces bateaux
Viennent pour ravager nos fertiles côteaux.
Les Anglais voudraient-ils nous déclarer la guerre?
Il faut un bon motif. Pour moi, je ne crains guère."
 



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