



Une traduction française de "Evangéline" de Henry Wadsworth Longfellow par Pamphile LeMay. Aujourd'hui dans le domaine publique. Rédigée de nouveau par René Babineau et mise en page par Robert Desmarais Sullivan. Copyright 1997. Tous droits réservés par le Projet Evangéline.
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Based on an original project designed by, and copyrighted by, Gary Dauphin email: digitalmus@aol.com
C'est l'antique forêt!. . . Noyés
dans la pénombre,
Vieux et moussus, drapés dans leur feuillage
sombre,
Les pins au long murmure et les cyprès
altiers,
Qui bercent aujourd'hui, sur des fauves
sentiers,
Les nids harmonieux, sont semblables aux bardes
Qui venaient, chevelus, chanter dans les mansardes,
Aux druides sacrés dont la lugubre voix
S'élevait, prophétique, au fond des
vastes bois.
Sauvage et tourmenté, l'océan vert,
tout proche,
Se lamente sans cesse en ses antres de roche,
Et la forêt répond, par de profonds
sanglots,
Au long gémissement qui monte de ses flots.
C'est l'antique forêt, et c'est
l'efflorescence!. . .
Mais tous ces coeurs naïfs, et charmants
d'innocence,
Que l'on voyait bondir comme bondit le daim,
Quand le cri du chasseur a retenti soudain,
Que sont-ils devenus? Et les modestes chaumes?
Et les vergers en fleurs d'où montaient tant
de baumes?
Et les jours qui coulaient, comme au bois les
ruisseaux
Dans la clairière bleue ou sous les noirs
arceaux,
Ensoleillés souvent par une paix profonde,
Assombris quelquefois par la crainte du monde,
Que sont-ils devenus?. . . Quel calme dans les
champs!
Plus de gais laboureurs. La haîne des
méchants
Jadis les a chassés, comme, au bord d'une
grève,
Quand octobre est venu, l'ouragan qui
s'élève
Chasse et disperse au loin, sur l'onde ou les
sillons,
Des feuilles et des fleurs les légers
tourbillons.
Grand-Pré n'existe plus; nul n'en a
souvenance;
Mais il vit dans l'histoire, il vit dans la
romance.
O vous qui croyez à cette affection
Qui s'enflamme et grandit avec l'affliction;
O vous tous qui croyez au bon coeur de la
femme,
A la force, au courage, à la foi de son âme,
Écoutez un récit que disent, tour à tour,
Et l'océan plaintif, et les bois d'alentour.
C'est un poème doux que le coeur psalmodie,
C'est l'idylle d'amour de la belle Acadie!
- 1 -
Dans un vallon riant où mouraient tous les
bruits,
Où les arbres ployaient sous le poids de leurs
fruits,
Groupant comme au hasard ses coquettes
chaumines,
On voyait autrefois, près du Bassin des Mines,
Un tranquille hameau fièrement encadré,
C'était, sous un beau ciel, le hameau de
Grand-Pré.