Rentrer par la porte en arriere avec D.L. Menard

d'après une entrevue de Inkie Landry avec une vidéo de Tom McHardy.

[Note: M. D.L. Menard fait partie d'un petit groupe de musiciens qui ont gagné une certaine notoriété à travers les années, tandis que la culture cadienne était davantage connue à travers le monde. Il a enregistré des dizaines d'albums et a reçu différents prix pour son travail. M.Ménard vit encore dans une modeste maison à Erath, en Louisiane, où il continue à construire à la main des fauteuils à bascule dans son atelier. Les questions posées par Inkie Landry commencent par "I.L.:" et les réponses de M.Ménard par "D.L.:".]

I.L.: Tout d'abord, que signifient les initiales D.L.?

D.L.: Sacré Chanceux! En fait, il s'agit du prénom Doris Leon, mais tout le monde me connaît comme D.L. Je suis né à Erath, en Louisiane, en 1932, et j'ai vécu ici toute ma vie. Je parle couramment le français mais je ne peux pas le lire ou l'écrire, ce qui est le cas avec la plupart des Cadiens.

D.L. Menard


I.L.: Comment avez-vous commencé à jouer de la musique?

D.L.: Par erreur... ma famille cultivait, et quand j'avais 16 1/2 ans, j'ai entendu mon oncle jouer dans un groupe cadien. Je suis allé aux répétitions du groupe avec mon oncle et je suis tombé amoureux de la guitare. Mon oncle m'a appris deux ou trois accords et cela a commencé là.


J'ai commandé ma première guitare d'un catalogue de Montgomery Ward. La guitare que j'ai commandée, frais d'envoi compris, m'est revenue à exactement $11. Mon Papa m'a grondé quand j'ai voulu commander une guitare. Il m'a dit, "Tu ne peux pas garder ton argent, n'est-ce pas? Il te brûle les mains, n'est-ce pas?" Plus tard, j'ai commandé une guitare de Sears Roebuck. Je regardais le catalogue mais je ne pouvais pas m'offrir la guitare à $45 que je voulais vraiment, j'ai donc dû me contenter de la moins chère à $24.95. Quand je suis allé au bureau de poste à Erath, j'ai été surpris de voir qu'ils m'avaient envoyé la guitare à $45 par erreur. J'étais très nerveux à l'idée que le postier, le vieux Clément, s'apperçoive de ce qui s'était passé et m'oblige à retourner la guitare. Je suis sorti du bureau de poste en courant aussi vite que possible.

Six mois plus tard, je jouais mon premier concert payant à Abbeville.

I.L.: Qui sont vos idoles musicales?

D.L.: Hank Williams est la raison pour laquelle je joue aujourd'hui. Je chantais ses chansons trois ans avant que j'apprenne à jouer de la guitare. J'ai eu l'occasion de rencontrer Hank en 1951 au Tex Club à Nouvelle Ibérie [Louisiane]. Il m'a appris de nombreuses leçons qui n'ont eu aucun sens pour moi avant plusieurs années. Même aujourd'hui, des choses m'arrivent et je me souviens de ce que Hamk essayait de me dire. J'ai toujours une photo de lui qu'il avait dédicacée. En 1988, j'ai enregistré un album country et la moitié de l'album s'est fait avec les musiciens que Hank employait sur ses disques. Ricky Skaggs a également joué plusieurs morceaux.


Même dans mon premier groupe cadien, je chantais tous les vieux morceaux de Hank Williams. Notre groupe cadien devait jouer de la country parce que la musique cadienne avait quelque peu disparue pour un moment - les gens commençaient à avoir honte d'être cadiens. A ce moment, un groupe cadien n'était même pas considéré comme un véritable groupe à moins de pouvoir jouer de la musique country. C'était juste des musiciens d'"arrière de scène". Et, Hank Williams était le plus populaire en matière de country music à ce moment, alors, on jouait beaucoup de ses chansons.

 

I.L.: Où avez-vous voyagé pour jouer de la musique et où vous êtes-vous le plus amusé?

D.L.: Je suis allé dans 33 pays pour jouer de la musique. Tous les pays sont différents, mais je les ai tous appréciés. La Chine m'a impressionné davantage ainsi que les Iles Shetland.

La plupart des pays étaient ce que j'appelle "hit and run" - on aterrissait, on jouait un soir et puis on décollait vers un autre pays. On n'a pas l'occasion d'apprendre à connaître un pays de cette manière.

I.L.: Quels étaient quelques uns de vos voyages les plus inoubliables?

D.L.: Le meilleur était probablement les Iles Shetland, entre la Norvège et l'Ecosse, où ils aiment la musique des années 1950. Je terminais le spectacle chaque soir par des chansons de Hank Williams. Ils aiment la musique country là-bas mais ils ne connaissent pas grand-chose de la musique cadienne.

En Thailande, j'ai donné quelques concerts pour le Département d'Etat. Nous avons joué quelques semaines -des morceaux cadiens et de Hank Williams. Une des hôtesse de l'air Thai est venue me trouver et m'a demandé "Etes-vous vraiment Hank Williams?" Je lui ai dit que Hank était mort des années auparavant mais aucun des Thailandais n'a voulu me croire parce que personne en Thailande ne savait que Hank était mort.

La plus grande foule devant laquelle j'ai joué était au Pérou - 13,000 personnes. Il y avait 15,000 personnes dehors essayant d'entrer dans le stade. Ils avaient un grand festival populaire. Il n'y avait pas d'amplification sur la scène alors on a tous pris nos instruments et nous nous sommes déplacés autour du stade, jouant acoustiquement pour de petits groupes. Quand nous sommes partis, nous avons été arrêtés à l'aéroport par des gardes qui nous ont encerclés avec des mitraillettes. Ils ont emmené chacun de nous dans une pièce où ils nous ont fouillés, mais nous ne savons pas ce qu'ils cherchaient.

I.L.: Quelles récompenses avez-vous reçues?

D.L.: Voyons. J'ai été nominé pour un Grammy Award. Je ne voulais pas aller à la cérémonie mais ma femme, Lou Ella, m'a convaincu. J'y suis allé avec mon ami Warren Perrin, mais je n'aimais pas trop être dans la "haute société". Je suis content d'y être allé.

J'ai gagné le Big Easy Award, quelques récompenses de El Paso Texas, et une du Times of Acadiana. Je ne peux pas vous les citer toutes. Je suis aussi dans le Country Music Hall of Fame, dans l'exposition cadienne.

Comme la plupart des musiciens cadiens, nous avons payé notre part pour arriver là. Nous avons passé 44 ans à jouer de la musique. Je continuerai à jouer aussi longtemps que je pourrai. Si je peux vivre jusqu'à ce que je meure, je serai toujours en train de jouer.

I.L.: Quelle est l'histoire de votre célèbre chapeau?

D.L.: C'est juste arrivé comme ça. Maintenant, si je ne porte pas mon chapeau, les gens ne me reconnaissent pas.

La raison pour laquelle j'ai commencé à porter ce chapeau est que j'avais un horrible rhume qui ne me quittait pas depuis un an. Ma femme m'a dit que je ferais mieux de porter un chapeau, ce que j'ai fait. Mon rhume est parti mais je porte le chapeau depuis lors.

I.L.: Quelle est l'histoire derrière votre chanson la plus populaire, "The Back Door?"

D.L.: Ça m'est juste venu de la vie de tous les jours.

Une nuit, un ami et moi étions à un honky tonk [music hall], et je ne suis pas rentré avant l'aube. Je suis entré par la porte arrière de la maison.

Puis un ami et moi sommes retournés en ville l'après-midi suivant, et quand nous avons eu fini, mon ami m'a déposé à la maison. Nous avions de la visite, des gens que je ne voulais pas voir et donc je suis de nouveau rentré par la porte de derrière.

Le jour suivant, je suis retourné en ville où j'ai bu un petit peu trop et j'ai eu un problème avec la loi et j'ai fini en prison. Mais, ils m'ont emmené en prison par la porte arrière.

I.L.: D'après vous, quel effet la musique cadienne a-t-elle eu sur la culture cadienne?

D.L.: Notre musique, c'est comme notre cuisine - il y a quelques années, personne en-dehors de notre région n'en avait entendu parler. Il y a trente ou quarante ans, les gens avaient honte de jouer notre musique parce que elle était considérée comme de la musique de basse classe. Mais aujourd'hui, des gens de partout ont entendu parler de notre style de vie.

Il a fallu une musique d'avant-garde du nord pour nous faire prendre conscience de ce que nous avions et nous aider à être fiers de notre style de musique unique.

La musique cadienne me donne l'impression d'être en vie. En plus, j'adore m'entendre chanter!

I.L.: Qu'aimeriez-vous dire aux gens à propos de la conservation de l'héritage cadien?

D.L.: C'est important parce que c'est notre style de vie. C'est la manière dont nous vivons et travaillons, c'est

culture et notre langue. Nous sommes le seul groupe au monde qui vit de cette façon. Apprenez autant que possible sur notre style de vie, cela aura de la valeur dans les prochaines années.

Il y a vingt-cinq ans, si quelqu'un m'avait dit "Vous allez jouer de la musique cadienne dans 33 pays", j'aurais dit qu'il était fou. Tu ne peux jamais savoir de quoi sera fait le futur. Apprenez autant que vous pouvez, particulièrement essayez d'apprendre le français. Même si vous n'utilisez jamais ce que vous avez appris, personne ne pourra jamais vous le prendre.

 


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