L'éducation dans les bayous

par Annabel Matherne Hogan

L'éducation des enfants cadiens était souvent laissée entre les mains des parents puisqu'il n'y eut pas d'école pendant longtemps. Durant toutes ces années, l'Eglise catholique a exercé une influence importante sur l'éducation des enfants cajuns et leurs difficultés pour s'adapter à un monde extérieur différent du leur. Les premières écoles étaient catholiques, mises en place par les paroisses locales.

Le désir de s'améliorer est venu du fait que des milliers de cadiens ont partcipé et ont à la première guerre mondiale en 1917 et qui ont pris conscience du monde extérieur. Beaucoup d'entre eux ont ramené l'anglais à la maison en même temps que le désir de s'intégrer dans la société anglophone d'Amérique. Jusque dans les années 1930, beaucoup de Cadiens vivaient encore dans des cabanes rudimentaires et détestaient porter des chaussures. Dans beaucoup d'endroits, les Cadiens qui allaient à l'école pour la première fois étaient incapables de parler anglais; au début des années 1900, les Cadiens n'étaient pas autorisées à parler français à l'école et étaient fortement encouragés à l'abandonner à la maison. Souvent les enfants étaient punis et battus pour avoir parlé français à l'école. Ils étaient, de façon certaine, traités comme des citoyens de seconde zone ou des étrangers.

A l'école, seul l'anglais était enseigné; l'idée était que la langue française était un retour en arrière. Le sentiment qui régnait voulait que si quelqu'un devait être éduqué, seul l'anglais devrait être autorisé. Dans notre région [Bayou des Allemands, en Louisiane], personne de la famille ne pouvait parler anglais jusqu'à ce que nous allions à l'école. A la fin des années 1940 et au début des années 1950, les parents cadiens ont presque arrêté de parler français a leurs enfants afin que ceux-ci oublient le français et ne parlent qu'anglais.

Beaucoup de cadiens ont refusé de changer de langue ou de style de vie et ils ont continué a parler leur chapeau de soleil, à tisser leur tissu, chasser, poser des pièges ou pêcher plutôt que de se fondre dans le nouveau style de vie.

Les bateaux scolaires

La première école dans notre région fut ouverte au "Village en bas du bayou" (aujourd'hui le village Comardelle) à peu près en 1908 dans une maison qui appartenait à Alcide Comardelle.

En 1934, une large pièce fut ajoutée à l'arrière pour accueillir le grand nombre d'enfants venus de l'afflux hivernal des trappeurs de Lockport, Raceland et Westwego qui campaient sur des bateaux le long du bayou. Sa pièce arrière originale fut bâtie à Des Allemands et démontée pour rendre le déménagement plus facile. Un long et haut quai en bois fut construit depuis la berge du bayou jusqu'aux marches de l'école car le niveau de l'eau montait assez souvent.

Les premières institutrices étaient Mademoiselle Monroe et Madame Zoe Petit d' Ama qui enseignaient les 7 années, c'est-à-dire 30 élèves. Martha Bertholet est venue aider à enseigner ainsi que Zoe. Toutes les deux étaient encore là en 1915.

Mademoiselle Hilonese Petit a enseigné ici de 1931 à 1940. Elle avait à peu près 21 ans quand elle vivait près de l'école. Après qu'ils aient déménagé l'école, elle faisait la navette tous les jours sur un "bateau scolaire". Les bateaux scolaires étaient souvent utilisés à cause de la disponibilité du bayou et du manque de routes pavées.

Beaucoup de ces institutrices étaient très peu payées et souvent travaillaient "on script." Le script était une sorte de travail à crédit, avec la promesse de payer quand le système scolaire récoltait les revenus. Les instituteurs étaient payés aussi peu que $45 par mois, parfois, et travaillaient à crédit parfois jusqu'à deux ans de suite.

D'après cette ancienne institutrice, Grace Somme, "Certains enfants ne parlaient que peu anglais. Au début, ils parlaient français et nous devions nous en accomoder au mieux. J'aimais beaucoup enseigner et la plupart des élèves apprenaient rapidement."

L'institutrice de l'école du "village en bas du bayou", Louise Petit Kinler, ajoute, "J'aimais le voyage en bateau scolaire sur le bayou, ramassant les enfants le long des quais. Cela se faisait par tous les temps. Certains jours, le bateau restait bloqué dans les nénuphars et des heures passaient avant que quelqu'un ne vienne nous tirer de là. Parfois, ces jours-là, on faisait demi-tour et on rentrait tous à la maison."

Philonese Petit mentionne, "Je me souviens de la fois où j'ai dû aller enseigner les 7 années pendant un mois. Nous n'avions pas de lampe et quand le temps était mauvais, nous ne pouvions plus travailler jusqu'à ce que cela s'éclaircisse. Je me souviens des deux grands chauffages "ventrus" que nous avions pour nous garder chaud."

"J'ai l'impression qu'elles ont bien fait leur travail d'enseignante. Je me souviens avoir écrit notre leçon de géographie comme punition sur des sacs en papier car nous étions pauvres et n'avions pas d'argent pour acheter des tablettes," ajoute l'ancienne élève Edna Dufrene Matherne.

Un autre élève, Edmond Dufrene déclare, "J'étais le seul en 7ème année. J'ai continué à aller à l'école pour un moment, mais après, j'ai arrêté parce que j'étais seul dans cette année."

Beaucoup d'enfants apportaient leur déjeuner dans une cantine en fer, une "plantation" qui contenait principalement des biscuits, des haricots, des patates douces et une bouteille de café. L'institutrice les mettait dans un seau d'eau sur le chauffage dans la pièce où les déjeuners étaient aussi réchauffés. Les enfants du village pouvaient rentrer à la maison pour manger.

Les bateaux scolaires

Vers 1925, notre région connut le premier bateau scolaire. Loué à la paroisse par William Egnace Dufrene, le "W.E.D." commençait son voyage à Des Allemands où les institutrices vivaient, ensuite, embarquait les enfants en commençant avec l'Ile du Prince Noir, après que son école ait fermé, et continuait en faisant la même chose tout le long du Bayou Gauche, Bayou des Allemands et Tête de Mort, jusqu'à l'école où tout le monde débarquait. Le bateau continuait alors sur 2 miles jusqu'au "Temple" où il ramassait les enfants; il embarquait ensuite ceux vivant à l'embouchure du lac, le long du bayou des Allemands et les amenait à l'école.

Avant le bateau scolaire, certains devaient pagayer sur un radeau ou une pirogue tous les jours, par n'importe quel temps pour aller à l'école. Certains devaient marcher à travers les endroits marécageux, quand c'était possible. Le bateau n'allait pas au-delà du temple dans les villages de Bois Choctaw et Cabanage, le long du lac, à cause du temps incertain du lac. Certains enfants cadiens n'allaient pas à l'école à cause du manque de moyen de transport. Le bateau scolaire était aussi utilisé pour distribuer le courrier et le pain à dix sous ou les tartes à cinq sous aux villageois.

Durant les mois d'hiver, ceux du village qui campaient au Bois Choctaw et au Bayou Perot manquaient 3 à 4 mois d'école puisqu'aucun bateau n'allait jusque là.

A cause de la baisse de population dans les petites écoles, du manque d'instituteurs qualifiés désireux d'enseigner en Louisiane, et d'un bon système de ramassage scolaire rassemblant les étudiants plus âgés, il fut décidé que tous les étudiants seraient transportés vers des écoles en-dehors du "village en bas du Bayou." Plus tard, l'école fut fermée et déménagée.


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